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La production de pommes
de terre biologiques s’appuie actuellement sur des variétés sélectionnées
à l’origine pour l’agriculture conventionnelle. Mais ces variétés sont-elles
adaptées à l’agriculture biologique ? Afin de définir les facteurs importants
pour l’adaptation à ce mode de culture, une expérimentation coordonnée par
des chercheurs de l’INRA sur un ensemble de variétés de pommes de terre
a pris en compte différents milieux climatiques et différents types de production.
Les caractères d’intérêt tels que les résistances aux bio-agresseurs, la
qualité et le rendement ont été mesurés. Il en ressort qu’aucune des variétés
étudiées n’a répondu complètement aux exigences de l’agriculture biologique.
L'agriculture
biologique a connu un développement rapide ces dernières années, en raison
d'un intérêt accru manifesté par les consommateurs et les opérateurs commerciaux.
La pomme de terre est particulièrement concernée par cette évolution.
Jusqu'à présent les variétés cultivées par les producteurs biologiques sont
les mêmes qu'en agriculture conventionnelle, c'est-à-dire celles qui ont
un succès commercial. Ces variétés ont été sélectionnées principalement
pour leurs caractères de qualité et leur productivité, beaucoup moins pour
leur résistance aux parasites. Cependant le cahier des charges de l’agriculture
biologique oblige à des règles plus strictes en termes de protection phytosanitaire
des cultures, de méthodes de conservation des produits et de production
des semences. Un accroissement des rendements est également nécessaire pour
améliorer le niveau de rentabilité de ces cultures.
Une étude croisant génotype et environnement
Des chercheurs de l’INRA, l’Aval-douar Beo, l’ITAB et des structures professionnelles
comme la FNPPPT, ont mis en place en 2000 et 2001 une expérimentation en
culture biologique portant sur 9 génotypes représentatifs d’une variabilité
génétique prenant en compte différents milieux agroclimatiques localisés
en Bretagne, Vaucluse et Nord-Pas-de-Calais, pour des cultures de pommes
de terre destinées à la consommation et à la production de plants. Le matériel
génétique a été choisi de manière à couvrir une assez large variabilité
(durée de cycle de végétation, résistance au mildiou, aptitude à la conservation…).
Les chercheurs ont observé et mesuré la vitesse de levée, le type de maturité,
le rendement (poids brut, poids commercial, nombre de tubercules…), la résistance
aux bio-agresseurs. Sur des échantillons prélevés dans les essais, ils ont
également réalisé une évaluation systématique des caractères de qualité
(teneur en matière sèche, tenue à la cuisson, degré de noircissement à la
cuisson, aptitude à la friture, qualité gustative).
Le but de cette étude n’était pas de comparer la performance relative des
variétés en conditions de culture biologique, mais d’identifier les éventuels
caractères-clés de l’adaptation à ce type de culture. Elle cherchait à préciser
les principaux caractères d’adaptation de la pomme de terre dans des contextes
agro-climatiques et d’utilisation correspondant à plusieurs situations en
agriculture biologique, ce qui pourrait dans un premier temps aider à un
choix parmi les cultivars existants, puis enrichir les connaissances scientifiques
sur la diversité de comportement en agriculture biologique et les stratégies
de résistance aux bioagresseurs.
Trois caractéristiques-clés mises en évidence
Aucun des génotypes expérimentés n’a répondu suffisamment aux exigences
de l’agriculture biologique dans le contexte agro-climatique local.
D’après cette étude, les caractères importants, en fonction des spécificités
de l’agriculture biologique, sont la résistance au mildiou, l’aptitude à
la conservation et le type de maturité.
La résistance
au mildiou
La situation en climat typiquement océanique du lieu d’expérimentation met
en évidence l’importance de la résistance au mildiou. Par contre, des études
conduites en milieu continental montrent l’impact d’autres facteurs limitants
tels que la nutrition azotée des plantes, mais l’importance mondiale du
mildiou et les restrictions annoncées d’emploi des produits cupriques obligeront
à considérer la résistance à ce parasite comme un critère de choix variétal
incontournable.
Le type de maturité
Plus une
plante est vigoureuse, plus elle est tardive et ce caractère paraît aussi
intervenir dans la résistance au mildiou (capacité de développer plus longtemps
de nouvelles feuilles après destruction des feuilles précédentes par le
parasite). Cependant l’inconvénient des génotypes tardifs est qu’ils initient
leurs tubercules après les génotypes plus précoces, et que la période de
grossissement de ces tubercules peut être écourtée (plus fortes attaques
de mildiou et premières gelées automnales en fin de cycle de végétation).
On peut néanmoins se demander si les inconvénients de cette tardiveté ne
seront pas pondérés en culture biologique par un moindre niveau de fertilisation
qu’en culture conventionnelle. Les variétés tardives resteront sans doute
plus vigoureuses, donc potentiellement plus productives que les variétés
plus précoces, et leur système racinaire sera vraisemblablement plus développé
et plus profond, ce qui augmentera leur tolérance vis à vis des stress abiotiques.
Vers une sélection de variétés spécifiques pour l’agriculture biologique
?
Actuellement, la sélection de variétés spécifiques destinées au secteur
biologique ne s'impose pas si l’on considère que quelques unes des variétés
étudiées paraissaient acceptables et que le marché pour des cultivars spécifiques
est limité, ce qui ne laisse pas entrevoir de retour d’investissement pour
les sélectionneurs. D’autre part, il n’est pas certain que des variétés
bien adaptées au point de vue cultural répondent forcément aux exigences
du marché.
En revanche, si la production de pommes de terre cultivées en agriculture
biologique est destinée à augmenter, des variétés mieux adaptées seront
nécessaires, et en particulier des variétés possédant des niveaux de résistance
aux parasites et ravageurs supérieurs à ceux des variétés actuelles.
De plus, des variétés spécifiques pourront apporter des signes de reconnaissance
de l’agriculture biologique et participer à son image de marque.
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